[Philosophie] Libre-Arbitre

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[Philosophie] Libre-Arbitre

Message par Mr. S le Jeu 15 Déc - 19:34

Après discussion avec un ami à moi, je vais vous montrer un de ses écrits philosophiques portant sur le libre-arbitre. Il ne s'inscrit pas car il préférerait attendre de voir si la communauté actuelle serait assez active pour réagir à ce qu'il fait. Je l'ai fait avec son autorisation et je crédite évidemment. Pour ma part, je n'ai pas d'avis à apporter. *Termine sa sixième bière*.

Pour la Plèbe :

Scylaax a écrit:On est en droit de penser qu'en tant qu'êtres humains, nous avons le plein pouvoir sur notre capacité à effectuer des choix, à penser les choses, à agir dans le monde. Je pense que c'est quelque chose qui, toute subjectivité gardée (jusque dans certaines questions sur la liberté par exemple, qui engagent des faits propres à la subjectivité avec laquelle l'Homme est capable de percevoir la liberté - une objectivité qui garde ses proportions - car la question sur le libre arbitre engage celle de la liberté un moment, alors que ça n'est pas le cas réciproquement pour des raisons qui seront expliquées plus bas) reste tout à fait raisonnable, et qu'il serait même dangereux de penser l'inverse ; mais dès le moment où l'on pose la question du libre-arbitre, où l'on demande exactement sous quelles conditiions et quelles influences est soumis sur ce dernier, il y a nécessité d'exploiter l'interrogation jusqu'à un plus grand niveau : est-ce que j'ai vraiment un libre-arbitre ? Et si j'ai une limite, où se situe-t-elle ? Puisque dans notre réalité des choses, nous avons l'intuition de posséder un libre-arbitre, j'ai effectivement la possibilité, et ce en toute légitimité de me dire que je possède un libre-arbitre, car je n'ai aucune idée de comment et de quelque manière que ce soit je pourrais être plus libre que je ne le suis déjà ; je peux toujours fantasmer sur un niveau supérieur de connaissance, je ne suis pas moins libre qu'un autre être humain sur ce point de vue là. Et même si l'on peut fantasmer sur diverses hypothèses (solipsisme), cela n'apporte aucune réponse, juste une possibilité qui n'est ni prouvée, ni quantifiable. Alors, plutôt que de chercher tout de suite un degré supérieur, il serait plus convenu de d'abord comprendre qu'est-ce que ce libre-arbitre et à quels paramètres cette intuition de liberté obéit en excluant toute hypothèse qui ne sauraient être réduites qu'à un pur fantasme de l'esprit (encore une fois, le solipsisme, illustré par le malin génie de Descartes, c'est le meilleur exemple que j'ai sous la main).


Si l'on se tient à l'explication scientifique et à comment la physique quantique a expliqué le monde jusque là, la notion de libre-arbitre en soi est tout à fait fallacieuse et abusive. Mais il y a un besoin de faire un large détour avant de revenir à notre libre-arbitre, afin de rendre cette assertion valable.
Lorsque l'on vient à parler de mécanique quantique, on s'insinue dans un sujet qui contient beaucoup d'attributs non-déterministes (c'est à dire qu'ils ne dépendent pas de causes). On peut déduire le comportement déterministe de la fonction d'onde ; mais à partir du moment où il s'agit de, disons, discerner le temps que prennent des atomes bien définis pour se désintégrer par rapport à d'autres, et quelle direction prendra tel électron etc. - on parle de phénomènes complètement aléatoires.
On pourrait dire qu'il y a simplement des variables inapparentes qui affectent les aboutissements dont les données nécessaires sont simplement manquantes pour faire un lien déterministe, mais il y a un nombre notable de tests statistiques/logiques que l'on peut exécuter pour montrer que les variables cachées locales au système ne peuvent pas reproduire systématiquement tous les résultats que l'on peut observer en mécanique quantique. En d'autres mots, on a le choix de choisir entre un rejet du réalisme local (les choses prennent des valeurs aléatoires quand les fonctions interagissent) ou non-local (ce qui viole la communication supraluminique).
Ainsi, cela signifie qu'il est possible que le déterminisme n'existe tout simplement pas, bien que les circonstances et les lois de la physique rendent ce postulat "vachement proche" autrement dit : bien assez proche pour rendre certaines mesures plus macroscopiques exactes - car cela ne nie en aucun cas le principe de causalité, mais cela implique que la causalité provoque une imprédictibilité à l'échelle quantique. Donc, même avec l'incertitude qui demeure par rapport à l'état de distribution associé avec une particule, il y a tellement de particules qu'elles s'équilibrent plutôt rapidement, cela donc insinue qu'à une certaine échelle, le déterminisme est conservé ; c'est le principe d'incertitude de Heisenberg.
Donc, suivant cette logique, par exemple, il est parfaitement possible que notre corps se matérialise soudainement sur Pluton. Sauf que ce phénomène est improbable au-delà de ce qu'on peut en dire avec les mots : une particule prend des variétés de positions associées avec leurs distributions et leur distance depuis le milieu devient de moins en moins probable à mesure que l'on étende celle-ci. Et là, on parle de distances vraiment, vraiment très petites. Parler d'une distance depuis ce milieu jusqu'à Pluton est de quasiment zéro avant même que l'on se mette à la mesurer. Alors, pour que TOUTES les particules fassent cela au même moment, il y a une improbabilité telle qu'elle ne mérite même pas d'être prise en compte.

Ainsi, en d'autres mots, le comportement macroscopique est plus ou moins déterministe à cause de ce stochastisme ("aléatoirité" est vraiment un néologisme laid et approximatif) inhérent du système, qui a des effets négligeables.
Ce qui est important ici, c'est que même si les processus et les pensées de mon cerveau sont générés de façon approximativement déterministes, il n'en reste pas moins que l'on en a le sentiment persistant d'un libre arbitre. Je peux faire mes propres choix même si je n'ai pas conscience de pourquoi est-ce que je fais ce choix. Il y a tant d'influences au cours du processus de production des décisions du cerveau, et ce pour toutes intentions et intérêts, que nous en avons le sentiment que nous avons formulé cette décision librement alors même que nous n'en avons pas vraiment la liberté. Étant donné que notre cerveau peut être réduit à un système physique complexe de neurones qui respectent les lois de la physique comme n'importe quoi d'autre.
Nous n'avons aucun moyen de contrôler ce système indépendamment d'autres choses, d'autres influences ; en fait, c'est plutôt ce système qui nous contrôle. Qui produit tous ces "choix" mentaux que l'on fait dans la vie ; toutes nos décisions, tous nos sentiments etc. sont une réponse à une information physique qui est traitée par une source intérieure et une source extérieure. Cela n'est pas seulement manifeste - les sciences neurologiques démontrent cela directement : des manipulations exécutées à un niveau neuronal ou physique causent des changements sur le niveau mental. Je pourrais faire une analogie sur les ordinateurs ici, on peut conceptualiser l'être humain en train de représenter l'ordinateur en lui-même, et l'univers représente l'utilisateur. Utilisateur qui entre des opérations et des tâches à un niveau microscopique, qui se manifestent en eux-même dans ce que nous voyons et faisons dans le monde macroscopique.

Le problème ici, c'est que beaucoup de gens interprètent cela incorrectement. Cela ne veut PAS dire que l'être humain n'a aucun contrôle sur les conséquences d'un événement dans l'univers. Bien sûr, à cause du système physique, il y a cette part de non-liberté, et introduire nos actions en tant que variables iront inévitablement affecter les conséquences d'un événement. La seule chose que cela signifie, c'est que nous ne sommes pas un système indépendant qui peut agir outre des lois de l'univers. Nous sommes une partie de l'univers, une partie de la machine si l'on émet la volonté de participer aux actions fondamentales et aux aboutissements de la machine en tant qu'elle est un tout.
Donc, il n'y aucun problème concret avec cette absence de libre-arbitre puisque l'on n'est même pas conscient de la plupart des mécanismes. Cela est libre pour nous et c'est l'essentiel. Ce sentiment de liberté est exactement ce qui justifie la légitimité de la définition philosophique de la liberté et tout le travail qu'il y a eu sur le sujet, car la liberté concerne avant toute chose la subjectivité que l'on en a, et jusqu'à quel niveau on peut hisser celle-ci ; le fait que cela ne me rende pas moins libre qu'un autre humain invalide toute objection aux travaux (notamment en psychiatrie) formés sur ce sujet, cela obéit à la norme anthropologique de la liberté, le psychiatre a autant besoin de savoir cela que le mathématicien a besoin de savoir philosopher, c'est tout ce qu'il y a à savoir sur ce point : L'explication scientifique de ce qu'est vraiment notre libre-arbitre n'a ici une valeur qui n'est qu'épistémologique.
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Il y a une chose intéressante à méditer là-dessus, c'est qu'à partir de ce problème de libre-arbitre, de déterminisme, on peut mener la question sur l'accès aux informations futures (donc qui ne font pas partie du présent au moment où on en parle) : puisque toutes les informations sont macroscopiquement déterministes, on peut, à partir du moment où l'on a les outils de quantification et de calculs suffisants, mener une vaticination, pas une estimation des possibilités, mais une estimation de la réalité.

Imaginez un super-ordinateur, ou un esprit, qui aurait accès à, d'une manière ou d'une autre, toutes les valeurs mesurables dans l'univers : chaque atome, chaque force, chaque propriété interactive, chaque loi. Qui serait capable de mesurer précisément la vitesse et la position de tous les éléments qui constituent l'univers matériel. À partir de là on pourrait de façon effective prédire les choses - et sur un niveau macroscopique - avec une véritable liste d'événements de toutes les choses possibles que l'on va faire dans notre vie - de la même manière que l'on pourrait avec une précision similaire déduire ce qu'il s'est passé dans le passé, jusqu'au Big-Bang, sans approximation - uniquement à partir de ce moment là (conformément à la haute corrélation dite par la mécanique quantique sur la macro-échelle, donc, comme je l'ai dit plus haut, avec un stochastisme négligeable)

Imaginez, ensuite, l'éventualité de pouvoir lire ce futur et l'éviter.


Sous le déterminisme, l'intérêt ici est que même avec cette éventualité qu'on pourrait lire la liste en ayant accès aux informations futures est comprise dans les données en elles-même. Donc il ne serait même pas possible pour moi de voir la liste des événements à suivre, puisque si je prends le chemin de gauche conformément indiqué par l'ordinateur, puis que je décide en réalité de prendre le chemin à droite. Si je passe par le chemin à droite, le super-ordinateur dira que je prendrai à droite.
Ce qui est amusant là-dedans, c'est de réaliser que n'importe quel paradoxe que l'on pourrait élaborer pour réfuter la fiabilité de l'expérimentation ne résulte en réalité absolument pas en un paradoxe. Par ailleurs, la liste des événements nous serait purement inaccessible, étant donné que lire la liste nous biaiserait forcément les choses que l'on ferait (car c'est un phénomène supplémentaire dans l'ordre des événements plutôt que si l'on avait fait les choses sans lire cela) et ainsi, rendrait par ailleurs impossible le fait que je reproduise ce que je ferai plus tard, par peut-être que je me serai donné un objectif sous-jacent de suivre ce qu'il m'aura été dit (ce qui en soi, est incohérent). En fait, même si je n'avais aucune conscience que j'aurais lu ce qui avait été écrit, cela garderait son importance, étant donné que j'aurais agi différemment du moment où je n'aurais pas lu ce qui y avait été écrit (donc, prendre conscience des informations écrites en relation avec le futur, la conscience de l'existence de cet appareil n'a aucune influence dans le sens où il consisterait en la possibilité avortée d'un paradoxe, seule les informations directement liées au futur comptent).

Les machines à prédire l'avenir qui ne prennent pas leur propre variable en compte sont donc de pures arnaques, des choses qui pour sûr, ne donneront jamais une mesure exacte. En écrivant cette chose qui paraît pourtant évidente il ressort quelque chose de pourtant primordial : peu importe les possibilités, créer une machine de ce genre serait complètement inutilisable si l'on n'accorde pas une part de probabilités et de possibilités dans ses prédictions (ce qui inclue une nécessité d'approximation), macroscopiquement. Dans le présent, deux propositions futures qui se contredisent restent vraies pour peu qu'elles soient fondées sur la réalité.

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